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De la Gaule au bocage normand : la belle histoire des haies

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Il est curieux de penser que ces beaux ornements de nos paysages aient pu, à l’origine, être de très convaincants moyens défensifs, capables de garder les frontières. Jules César les décrit comme des enchevêtrements de branches ou d’arbustes cassés, pliés ou abattus et colonisés par des ronces. En bref, une zone inextricable où le passage humain et animal est impossible. La mention occidentale la plus célèbre remonte à l’édit de Pitres de 865 où Charles le Chauve entend régenter et soumettre à autorisation tous systèmes de défenses, mentionnant les haies défensives.

La haie s’incruste donc dans notre histoire comme en témoignent quelques toponymes en Normandie, par exemple la Haye du Puits ou la Haye Saint Sylvestre.

Certes, parfois défensives, elles pouvaient aussi prendre des allures de haies bocagères, et ce même en Gaule avant l’arrivée des Romains. Le terme de « bocage » semble figurer pour la première fois par écrit dans le « Roman de Rou » de Wace, en 1138. On voit bien la corrélation avec les termes « bois » et « bosquet » L’histoire de ce qu’on appellera bien plus tard l’aménagement du territoire, permet de penser que la construction parcellaire a pu se faire autant par défrichements et dégagements de clairières, que par découpages enceints de clôtures.

On sait qu’en Normandie, sous la pression démographique, aux premiers siècles de ce millénaire, il a été procédé aux derniers grands essartages. C’est aussi installé un habitat dispersé en hameaux voire en fermes isolées, indissociables des nécessités de l’élevage, avec pourtant aussi des champs cultivés fermés de haies.

S’est donc constitué de façon plus ou moins rationnelle et préméditée, ce modèle paysager qui nous enchante tant et dont nous redécouvrons les vertus.

Pourtant nous avons frôlé la catastrophe !

À l’apogée du bocage en France (début du XXe siècle) notre pays comptait près de deux millions de kilomètres de haies.

Sous les coups de boutoir des tempêtes (et de la négligence qui s’en est suivie), des remembrements, des subventions à l’arrachage, des tronçonneuses et des bulldozers, des maladies comme la graphiose survenue sur les ormes, des transformations des exploitations agricoles, dans leurs tailles et leur mode de fonctionnement, tant et tant, le « capital » initial a bien fondu, et doit être inférieur à 700 000 km à ce jour.

On peut pourtant soutenir que les haies constituent une richesse extraordinaire et qu’il faut les défendre pour services rendus :

  • Basiquement, c’est une clôture pour les animaux d’élevage et une clôture vertueuse qui les protège des intempéries.
  • Pour nous tous c’est un brise-vent, une barrière naturelle pour contrôler les excès de plus en plus fréquents. La haie dans sa conception ancienne se révélant plus efficace grâce à sa perméabilité intelligente faite de nombreuses essences, à opposer donc aux « murs végétaux » que sont les alignements de certains résineux.
  • Un frein aux érosions dues au vent ou aux pluies.
  • Un régulateur thermique en multipliant les microclimats qui règnent dans la multitude des parcelles créées.
  • Un régulateur des eaux en facilitant l’infiltration dans le sol mais aussi comme une éponge qui absorbe d’énormes volumes d’eau qu’elle restitue en période sèche.
  • En dépolluant les sols en favorisant l’absorption des substances répandues.
  • En ouvrant la perspective déjà bien explorée de bois de chauffage en copaux, en plus de sa version classique.
  • À ce plaidoyer il faut ajouter une dimension esthétique grâce souvent à la belle diversité des plantes qui les composent. L’automne à la campagne offre un camaïeux de couleurs, sans oublier le printemps si délicat et si nuancé.
  • Esthétique aussi en regardant de plus près pour considérer les haies comme des sculptures végétales faits d’entrelacements improbables.

Un mot, enfin, va couronner le tout : biodiversité. La génération en cours depuis le « sommet de la Terre » de Rio en 1992 est celle d’une prise de conscience qui s’affine. La biodiversité à préserver n’est pas seulement celle des grands ensembles sauvages mais aussi celle que l’on peut qualifier d’ordinaire. Celle mise en place par un travail séculaire de la main de l’homme, celle de nos haies qui abritent et cajolent faune et flore.

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Esthétique subtil des haies, ici anastomosées. « Anastomose : fusion physique et fonctionnelle des organes de deux végétaux »

Publié en décembre 2020

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